Les start-up romandes au premier plan

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VENTURE 2017. La culture favorisant l’entrepreneuriat trouve son origine dans les expériences qu’ont acquises les professeurs aux Etats-Unis.

CHRISTIAN AFFOLTER

L’édition 2017 du concours Venture compte quatre idées et entreprises romandes sur les dix premières sélectionnées.  Cette forte représentation se trouve dans des proportions similaires au niveau du nombre de projets soumis: sur les  203 examinés, 67 proviennent du bassin lémanique, 82 de la région zurichoise. Quant aux antennes fribourgeoises et neuchâteloises de l’EPFL, elles peuvent figurer parmi les 14 candidatures de l’Espace Mittelland. Ces chiffres-là se comparent par exemple aux 10.536 étudiants à l’EPFL en 2016, contre 19.815 à son pendant zurichois. Comme l’adjoint du vice-président pour l’innovation Michaël Thémans l’a relevé récemment, le Canton de Vaud réussit à attirer plus que la moitié des investissements en start-up suisses, avec celles liées à l’EPFL jouant un rôle de moteur. Même sans pondérer le nombre de startup par la population, Lausanne se trouve en sixième position européenne. Un volume record de près de 400 millions de francs suisses a été levé pour la seule année 2016, contre des montants peinant à franchir la barre des 50 millions avant 2010. Les résultats obtenus lors de concours de start-up illustrent en outre que la grande quantité d’idées lancées et d’entreprises créées ne va pas au détriment de la qualité de leurs propositions.
L’ETH Zurich se targue certes d’un «bilan unique parmi les hautes écoles suisses» en termes de fondations de spin-off – 25 rien qu’en 2016, soit le même nombre que l’année précédente. L’EPFL ne les recense pas officiellement. Néanmoins, une vingtaine d’entreprises créées l’année dernière figure sur une liste d’entités ayant des liens solides avec elle, contre 17 l’année précédente. Soit plus de 60 au cours des trois dernières années, «dans les domaines, presque à parts égales, de la santé, de l’informatique et du hardware (robotique, capteurs, énergie...)», précise le dernier rapport de l’EPFL.
Le concept sous-jacent à celui-ci, qui a débuté en 1991 déjà avec la création de la Fondation PSE du parc scientifique, est l’une des explications possibles du succès du site lausannois, Le réseau multisites de l’EPFL Innovation Park est aujourd’hui pleinement opérationnel (en plus des bâtiments du PSE, le Biopôle à Lausanne,Campus Biotech à Genève, Microcity à Neuchâtel, Blue Factory à Fribourg et Energypolis à Sion). Du côté de Zurich, les premières spin-offs sont en train d’emménager dans les nouveaux espaces du parc d’innovation créé sur l’ancien aérodrome de Dübendorf. Un espace qui intégrera aussi des entreprises du secteur privé.

Les Etats-Unis pour acquérir de l’expérience à l’étranger
Cette structure n’est certainement pas le seul éléments contribuant à cette forte activité, comme le souligne l’ancien président de l’EPFL Patrick Aebischer, contacté hier: «favoriser l’entrepreneuriat fait partie de l’ADN de l’EPFL. Beaucoup de professeurs que nous avons engagés viennent des Etats-Unis, imprégnés de cette culture.»
Cette démarche se fonde initialement sur un certain constat de déficience: «pour acquérir de l’expérience à l’étranger, nous avions dû nous orienter vers les Etats-Unis, parce que la France était inaccessible. Du côté de Zurich, les échanges avec l’Allemagne se passaient beaucoup mieux. Cela a permis de recruter ensuite beaucoup de professeurs inspirés de l’école américaine, mais européens. Nous n’avions pas le choix, mais cela a finalement été tout bénéfice pour nous. L’EPFL a été paradoxalement mieux préparée à la mondialisation que beaucoup d’autres écoles européennes.» Le besoin de relance qui s’était fait ressentir au cours des années 1990 dans le bassin lémanique compte également parmi les éléments ayant favorisé l’activité actuelle. «Ce n’est pas quelque chose qu’on peut décréter en espérant avoir des résultats déjà deux ans plus tard. Nous récoltons maintenant les fruits d’un projet lancé il y a plusieurs décennies, en termes de transferts de technologies et de valorisation de start-up. Aujourd’hui, les gens de l’EPFL sont beaucoup plus attirés par ces perspectives que par le passé. Les étudiants qui viennent de l’étranger, toujours plus nombreux, sont d’ailleurs aussi attirés par l’entrepreneuriat, ainsi que par la culture très internationale de l’école.» Deux tiers des créateurs de start-up ne sont d’ailleurs pas suisses, selon une étude de l’EPFL d’avril.
C’est tout un écosystème qui s’est créé au fil des dernières années, favorisant la transition entre des résultats de recherches scientifiques et leur application à plus large échelle. Tout particulièrement dans le cadre d’entreprises, que ce soit lors d’échanges avec des groupes établis au PSE ou par la création d’une start-up.